Choisir une étude de santé, c’est s’engager dans un parcours long, réglementé et exigeant, mais dont les contours sont souvent flous au moment de l’orientation. Derrière l’acronyme MMOPK se cachent cinq métiers très différents : médecin, sage-femme, chirurgien-dentiste, pharmacien et masseur-kinésithérapeute. Tous partagent une porte d’entrée commune (la première année PASS ou L.AS), mais leurs cursus, leurs durées et leurs débouchés divergent ensuite radicalement.
Ce guide passe en revue les cinq filières une par une : combien d’années, quel diplôme, quels métiers à la clé, et quels ordres de grandeur de rémunération. L’objectif est de donner une vision claire avant de formuler ses vœux, en renvoyant systématiquement aux sources officielles pour les chiffres exacts, qui varient chaque année et selon les universités.
Comprendre MMOPK et la réforme de 2020
La loi du 24 juillet 2019 a supprimé la PACES (première année commune aux études de santé) à compter de la rentrée 2020. À sa place, deux voies coexistent désormais : le PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé) et la L.AS (Licence Accès Santé). Le détail de ces deux parcours et de leur choix est expliqué dans notre article dédié sur comment réussir son accès aux études de santé via PASS ou L.AS.
L’acronyme MMOPK regroupe les cinq filières accessibles à l’issue de cette première année :
| Filière | Métier visé | Lettre |
|---|---|---|
| Médecine | Médecin (généraliste ou spécialiste) | M |
| Maïeutique | Sage-femme | M |
| Odontologie | Chirurgien-dentiste | O |
| Pharmacie | Pharmacien | P |
| Kinésithérapie | Masseur-kinésithérapeute | K |
La sélection à la fin de la première année repose sur des épreuves écrites puis, pour les candidats admissibles, des épreuves orales du second groupe. Le nombre de places offertes dans chaque filière est encadré par le numerus apertus, défini chaque année par les universités en lien avec les agences régionales de santé. Ce mécanisme a remplacé l’ancien numerus clausus national.
Une précision utile : réussir sa première année ne garantit pas d’obtenir la filière souhaitée. Un étudiant peut être reçu en pharmacie ou en maïeutique alors qu’il visait médecine. Bien comprendre les cinq filières dès le départ permet donc de formuler des vœux cohérents et d’éviter une déception ou une réorientation subie.
Il faut aussi avoir en tête que les cinq filières ne se valent pas en termes de sélectivité. La médecine et l’odontologie concentrent traditionnellement la plus forte pression, avec un grand nombre de candidats pour un nombre de places limité. La pharmacie, la maïeutique et la kinésithérapie restent sélectives mais offrent parfois une marge un peu plus large selon les universités et les années. Ces équilibres varient localement et d’une rentrée à l’autre, raison pour laquelle il est prudent de se renseigner sur les chiffres récents de l’université visée plutôt que de se fier à des moyennes nationales.
Médecine : le cursus le plus long
La médecine est la filière la plus longue et la plus connue. Après l’admission à l’issue de PASS ou L.AS, les études se déroulent en trois grandes phases.
Le premier cycle (deux années après la première) débouche sur le diplôme de formation générale en sciences médicales, de grade licence. Vient ensuite l’externat, qui couvre les années suivantes et combine cours, stages hospitaliers et préparation aux Épreuves Dématérialisées Nationales (EDN), qui ont remplacé les ECN classantes. Le classement obtenu détermine le choix de la spécialité et de la ville d’internat.
L’internat dure de trois à six ans selon la spécialité : trois à quatre ans pour la médecine générale, davantage pour les spécialités médicales et chirurgicales. Il se conclut par la soutenance d’une thèse d’exercice qui confère le titre de docteur en médecine, et par l’obtention d’un Diplôme d’Études Spécialisées (DES). Au total, comptez environ neuf ans pour un médecin généraliste et jusqu’à onze ou douze ans pour certaines spécialités chirurgicales.
Les débouchés sont variés : exercice libéral en cabinet, salariat hospitalier, médecine du travail, recherche, santé publique. Le détail des spécialités, du fonctionnement de l’internat et des EDN est développé dans notre article sur le cursus de médecine, de l’externat à l’internat et aux spécialités.
Ce qui frappe dans le cursus de médecine, c’est sa progressivité. Les premières années restent très théoriques et scolaires, dans la continuité de la première année. Puis l’externat fait entrer l’étudiant dans le monde hospitalier, avec une part croissante de pratique et de responsabilité. L’internat, enfin, transforme l’étudiant en médecin en formation, salarié et autonome dans son service. Cette montée en puissance explique la longueur du cursus : on ne forme pas un médecin en quelques années, mais on construit une compétence clinique sur près d’une décennie. Pour un lycéen, mesurer cet engagement de durée est aussi important que de connaître la difficulté du concours d’entrée.
Pharmacie : trois filières en une
Les études de pharmacie durent de six à neuf ans selon l’orientation choisie. Le tronc commun couvre les premières années (sciences pharmaceutiques, chimie, biologie, pharmacologie), puis l’étudiant se spécialise.
Trois grandes filières s’ouvrent ensuite. La filière officine, la plus fréquente, mène au métier de pharmacien d’officine après six années d’études environ, sanctionnées par une thèse d’exercice et le diplôme d’État de docteur en pharmacie. La filière industrie prépare aux métiers de la production pharmaceutique, des affaires réglementaires ou de la recherche et développement. Enfin, la filière internat permet d’accéder, après un concours, à la pharmacie hospitalière, à la biologie médicale ou à des spécialités, pour une durée totale d’environ neuf ans.
Les débouchés couvrent l’officine de ville, l’hôpital, l’industrie du médicament, la distribution, la cosmétique ou les laboratoires d’analyses. Cette diversité est l’un des atouts de la filière. Le détail des trois voies et de leurs perspectives est traité dans notre article sur les études de pharmacie, leurs filières et leurs débouchés.
La pharmacie est sans doute la filière la plus polyvalente du groupe MMOPK. Un même diplôme permet de tenir un comptoir d’officine, de travailler dans un laboratoire d’analyses, de superviser une chaîne de production de médicaments ou de piloter des dossiers réglementaires en entreprise. Cette polyvalence rassure les étudiants qui hésitent encore sur leur projet précis : il est possible de choisir sa voie en cours de cursus, et même d’évoluer d’un secteur à l’autre au fil de la carrière. Pour qui aime les sciences sans vouloir nécessairement le contact patient quotidien de la médecine, la pharmacie offre un compromis intéressant.
Odontologie : devenir chirurgien-dentiste
La filière odontologie forme les chirurgiens-dentistes. Le cursus dure six ans pour l’exercice généraliste, et de huit à neuf ans pour les internes qui visent une spécialité (orthopédie dento-faciale, chirurgie orale, médecine bucco-dentaire).
Les études combinent enseignements théoriques (anatomie, biomatériaux, pathologie) et une forte composante pratique : travaux sur simulateurs puis soins encadrés sur patients dès le milieu du cursus. Le diplôme d’État de docteur en chirurgie dentaire autorise l’exercice de la profession, après soutenance d’une thèse.
La grande majorité des chirurgiens-dentistes exercent en libéral, en cabinet individuel ou de groupe. Le salariat (centres de santé, hôpital) reste minoritaire mais se développe. Le déroulé complet du cursus et les spécialités sont détaillés dans notre article sur les études d’odontologie et le métier de chirurgien-dentiste.
L’odontologie attire souvent des profils qui apprécient le travail manuel de précision autant que le raisonnement médical. Le métier combine en effet une expertise scientifique et un geste technique fin, réalisé dans des conditions exigeantes. C’est aussi l’une des filières où l’autonomie professionnelle s’acquiert vite : six années suffisent pour exercer comme généraliste, contre près de dix pour un médecin spécialiste. Cette installation rapide, conjuguée à une demande de soins constante, fait de la chirurgie dentaire une voie stable, parfois sous-estimée par les lycéens qui se focalisent uniquement sur la médecine.
Maïeutique : devenir sage-femme
La maïeutique forme les sages-femmes, profession médicale à part entière. Après la première année, le cursus dure environ quatre ans et se conclut par le diplôme d’État de sage-femme, qui confère le grade de master.
La formation associe sciences médicales (gynécologie, obstétrique, pédiatrie néonatale, pharmacologie) et une présence importante en stage : salle de naissance, suites de couches, consultations prénatales et postnatales. La sage-femme suit la grossesse physiologique, réalise les accouchements normaux, assure le suivi gynécologique de prévention et la contraception.
Les débouchés se répartissent entre l’hôpital public, les cliniques privées, l’exercice libéral et la protection maternelle et infantile (PMI). Le détail du cursus et du métier figure dans notre article sur les études de maïeutique pour devenir sage-femme.
La maïeutique se distingue par son statut médical autonome dans le champ de la physiologie. La sage-femme n’est pas une auxiliaire de l’obstétricien : elle dispose de compétences propres, prescrit dans son périmètre et porte une responsabilité directe auprès des patientes. C’est aussi une profession ouverte aux hommes, même si elle reste majoritairement féminine. Le cursus, plus court que celui de médecin, séduit les étudiants attirés par le suivi de la grossesse, l’accouchement et la santé de la femme, avec une dimension humaine et relationnelle marquée.
Kinésithérapie : un accès en plusieurs voies
La masso-kinésithérapie se distingue par ses voies d’accès multiples. L’entrée en institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) se fait après une première année de PASS, de L.AS, ou d’une licence (STAPS, sciences de la vie), selon les conventions passées entre chaque IFMK et les universités.
La formation en IFMK dure quatre ans, ce qui porte le cursus complet à environ cinq ans. Elle alterne enseignements (anatomie, physiologie, techniques de rééducation) et stages cliniques nombreux. Le diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute confère le grade de master et autorise l’exercice.
Les kinésithérapeutes exercent majoritairement en libéral, en cabinet, mais aussi à l’hôpital, en centre de rééducation, en établissement pour personnes âgées ou auprès de sportifs. Les modalités d’accès, parfois complexes selon les régions, sont détaillées dans notre article sur l’accès aux études de kinésithérapie via PASS ou L.AS.
La particularité de la kinésithérapie tient à ses portes d’entrée multiples. Contrairement aux quatre autres filières, elle reste accessible par une licence universitaire hors santé, comme STAPS ou sciences de la vie, selon les conventions de chaque institut. Cette souplesse en fait une option à part : un étudiant peut viser la kiné sans passer par l’environnement très concurrentiel du PASS, et un candidat en réorientation y trouve une voie de repli cohérente. Le revers est que les modalités exactes varient fortement d’un institut à l’autre, ce qui impose de vérifier précisément les quotas de places par voie d’accès avant de candidater.
Durées, diplômes et grades : le tableau comparatif
Pour comparer les cinq filières d’un coup d’œil, voici les ordres de grandeur. Les durées incluent la première année d’accès.
| Filière | Durée totale | Diplôme délivré | Grade |
|---|---|---|---|
| Médecine | 9 à 12 ans | Diplôme d’État de docteur en médecine + DES | Doctorat d’exercice |
| Pharmacie | 6 à 9 ans | Diplôme d’État de docteur en pharmacie | Doctorat d’exercice |
| Odontologie | 6 à 9 ans | Diplôme d’État de docteur en chirurgie dentaire | Doctorat d’exercice |
| Maïeutique | environ 5 ans | Diplôme d’État de sage-femme | Master |
| Kinésithérapie | environ 5 ans | Diplôme d’État de masseur-kinésithérapeute | Master |
Ces cinq professions sont réglementées et inscrites à un ordre professionnel (Conseil de l’Ordre des médecins, des pharmaciens, des chirurgiens-dentistes, des sages-femmes, des masseurs-kinésithérapeutes). L’inscription à l’ordre est obligatoire pour exercer. Les conditions précises sont récapitulées sur Service-Public.fr et sur les sites de chaque ordre.
Une remarque sur la notion de grade : médecine, pharmacie et odontologie délivrent un doctorat d’exercice, obtenu après soutenance d’une thèse. Ce n’est pas le même diplôme qu’un doctorat de recherche (le PhD), même si l’appellation de docteur est commune. Maïeutique et kinésithérapie, de leur côté, confèrent le grade de master, qui reconnaît un niveau bac+5 et autorise pleinement l’exercice de la profession. Ces distinctions n’ont pas d’incidence sur la légitimité à exercer : chaque diplôme d’État ouvre le droit de pratiquer son métier, dans le respect du périmètre de compétences défini par la loi.
Le quotidien des études au-delà du concours
Trop d’attention se concentre sur la première année et son concours, au détriment de ce qui suit. Or, les années postérieures à l’admission façonnent autant le futur professionnel. Toutes les filières MMOPK partagent une caractéristique : l’alternance progressive entre théorie et stages cliniques. L’étudiant n’apprend pas seulement dans les amphithéâtres ; il apprend au lit du patient, en officine, en salle de naissance ou en cabinet de rééducation.
Cette dimension de terrain change la nature du travail. Après le bachotage très scolaire de la première année, il faut développer un raisonnement clinique, apprendre à communiquer avec les patients et à gérer des situations réelles, parfois lourdes. Les stages impliquent aussi des contraintes pratiques : déplacements, horaires décalés, gardes pour certaines filières. La charge de travail reste élevée tout au long du cursus, ce qui suppose une organisation solide et une bonne hygiène de vie. Les méthodes acquises en première année, détaillées dans notre dossier sur les méthodes de travail et les fiches de révision, restent précieuses bien au-delà.
Il faut enfin garder en tête que ces cursus sont jalonnés d’examens, de validations de stages et, pour certains, de concours intermédiaires (EDN en médecine, internat en pharmacie ou en odontologie). La réussite ne se joue pas une seule fois, mais s’entretient sur la durée. C’est cette endurance, plus que la performance ponctuelle, qui caractérise les études de santé.
Comment choisir entre les cinq filières
Aucune filière n’est objectivement meilleure : tout dépend du projet personnel. Quelques questions aident à s’orienter. Préférez-vous le contact patient prolongé (médecine, kiné, maïeutique) ou un exercice plus technique et scientifique (pharmacie industrie, biologie) ? Êtes-vous prêt à investir près de dix ans (médecine) ou souhaitez-vous exercer plus tôt (kiné, maïeutique, dentaire généraliste) ? Le geste manuel vous attire-t-il (odontologie, kinésithérapie) ?
Le mode d’exercice compte aussi. Certains visent l’autonomie du libéral et l’installation rapide, d’autres préfèrent la sécurité du salariat hospitalier ou la dynamique d’une entreprise. La répartition libéral/salariat varie nettement d’une filière à l’autre : forte dominante libérale en odontologie et en kinésithérapie, mélange équilibré en pharmacie et en maïeutique, large éventail en médecine selon la spécialité.
Pour affiner ce choix, rien ne remplace le contact avec des professionnels en exercice et des étudiants déjà engagés dans la filière. Les fiches métiers de l’ONISEP décrivent précisément les conditions de travail réelles. Les journées portes ouvertes des universités et les forums d’orientation permettent de poser des questions concrètes. Mieux vaut consacrer du temps à cette réflexion en amont que de découvrir, après deux ou trois ans, que le métier ne correspond pas à ce que l’on imaginait.
Débouchés et rémunérations : des ordres de grandeur prudents
Les revenus des professions de santé varient fortement selon trois facteurs : le mode d’exercice (libéral, salariat hospitalier, industrie), la spécialité et l’expérience. Aucun chiffre unique ne peut résumer une filière. Quelques repères généraux peuvent toutefois être donnés, en gardant à l’esprit que les montants précis sont publiés annuellement par des sources comme la DREES, l’Assurance maladie ou l’ONISEP.
En libéral, certaines spécialités médicales et la chirurgie dentaire figurent parmi les revenus les plus élevés des professions de santé, mais avec des charges et une responsabilité importantes. Le salariat hospitalier offre des grilles indiciaires publiques, plus prévisibles mais souvent inférieures au libéral en début comme en milieu de carrière. La pharmacie d’officine, la maïeutique et la kinésithérapie présentent des fourchettes plus resserrées, là encore très dépendantes du statut.
Un point mérite d’être souligné pour les lycéens : le critère financier ne devrait pas primer sur l’intérêt pour le métier. Un cursus de dix ans en médecine ne se choisit pas pour un salaire, mais pour une vocation. Le panorama complet des rémunérations et débouchés, avec les sources officielles, est développé dans notre article sur les salaires et débouchés des professions de santé.
Bien s’orienter avant de choisir
Choisir une filière MMOPK suppose de connaître non seulement le métier, mais aussi le quotidien des études et de l’exercice. Plusieurs ressources gratuites permettent d’affiner son projet : les fiches métiers de l’ONISEP, les journées portes ouvertes des universités, les forums de l’orientation et les témoignages d’étudiants ou de professionnels.
Le vocabulaire spécifique aux études de santé (numerus apertus, second groupe, externat, internat, DES, IFMK) peut dérouter au début. Notre glossaire des études de santé définit ces termes de façon simple. Pour la mécanique d’accès et la stratégie de vœux, l’article sur l’orientation Parcoursup et notre dossier sur PASS ou L.AS complètent utilement ce panorama.
Sur la question des coûts, il faut distinguer deux niveaux. Les frais d’inscription dans les universités publiques sont fixés chaque année par arrêté ministériel et restent modérés. Le coût réel d’une scolarité en santé tient surtout à ce qui s’y ajoute : prépa privée ou tutorat en première année, matériel (livres, équipement pour l’odontologie ou la kinésithérapie), logement étudiant et durée du cursus elle-même. Plus le cursus est long, plus la période sans revenu pleins se prolonge, même si l’externat et l’internat en médecine sont rémunérés. Les bourses sur critères sociaux et certaines aides ciblées peuvent alléger la charge ; les conditions sont précisées sur les sites du Crous et de Service-Public.fr.
Enfin, l’orientation vers une filière de santé ne se décide pas en quelques jours. Elle gagne à être préparée dès la classe de première, en explorant les métiers, en discutant avec des professionnels et en se renseignant sur les modalités réelles d’accès dans les universités visées. Cette anticipation évite deux écueils fréquents : choisir une filière par défaut faute d’information, ou découvrir trop tard que le quotidien du métier ne correspond pas à l’image que l’on s’en faisait.
En résumé, les cinq filières MMOPK partagent une porte d’entrée mais mènent à des métiers, des durées et des modes d’exercice très différents. Prendre le temps de les comparer avant Parcoursup est le meilleur investissement pour ne pas subir son orientation.